Guinée-Israël : une relation contre-nature

Étiquettes
4 août 2016

Guinée-Israël : une relation contre-nature

Signature de l'accord d'entente entre la Guinee et IsraelC’est avec une grande surprise que j’ai appris la signature, le 20 Juillet dernier, d’un protocole d’entente et d’amitié entre la Guinée et Israël. Ce protocole a pour but le rétablissement des relations diplomatiques rompues en 1967 par feu le Président Ahmed Sékou Touré, en guise de solidarité avec l’Egypte, lors de la guerre des Six Jours.

Mais la Guinée et l’Israël peuvent-ils être amis ?

La question vaut tout son pesant d’or, car ces 49 ans de brouille diplomatique ne sont pas seulement dûs à la guerre des Six Jours, mais c’est aussi dû à la politique de colonisation, de ségrégation et d’apartheid dont est victime le peuple palestinien depuis la création d’Israël en 1947.

Le président Ahmed Sekou Touré disait, le 25 août 1958 : « Il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la liberté dans la pauvreté, à la richesse dans l’esclavage ».

C’est dans cette optique que, le 28 septembre 1958, le peuple de Guinée fit le choix de l’honneur et de la dignité, celui qui s’inscrit dans le sens de l’Histoire pour paraphraser le Prof. Ismael Barry (Professeur à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia). Ce choix ouvrit la brèche fatale dans l’édifice du système colonial en Afrique. Les années 60 furent les « soleils des indépendances» et la Guinée joua un rôle primordial.

Ainsi, je rappelle aux dirigeants actuels de la Guinée, au cas où ils l’auraient oublié, que :

  • La Guinée soutint le peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance, en devenant un des plus grands défenseurs du dossier devant les instances internationales. Elle octroya des passeports diplomatiques aux combattants du Front de Libération National de L’Algérie (FLN). Les armes du FLN et du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) en provenance de l’URSS étaient débarquées au port de Conakry avant d’être acheminées vers l’Algérie via le Mali.
  • La Guinée fut l’un des plus grands soutiens du PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée Bissau et des îles du Cap vert). Le Parti installa son quartier général à Conakry, où des contingents furent mis à sa disposition. La Guinée lui offrit un temps d’antenne à la radio nationale pour diffuser ses messages, en vue de sensibiliser politiquement et idéologiquement des populations dans les zones libérées. Par la suite, le PAIGC installa sa propre radio dans un quartier de Conakry d’où elle émettait 24h/24 en direction de la Guinée Bissau et du Cap vert. Enfin, des militaires guinéens prirent part aux combats dans les maquis Bissau-guinéens. Parmi eux, l’ancien président, Général Lansana Conté.

En représailles à ce soutien, le Portugal et ses alliés agressèrent militairement la Guinée en 1970. Interrogé par une commission d’enquête de l’ONU sur la nature de la réparation que la Guinée attendait des agresseurs, Sekou Touré déclara : « La République de Guinée demande à l’ONU, en compensation des pertes subies, de favoriser l’accession de tous les peuples encore sous domination coloniale à l’indépendance ».

  • La Guinée soutint le MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola) en accueillant les réfugiés politiques, à l’instar de Holden Roberto, qui obtint un passeport diplomatique guinéen pour faciliter ses déplacements à l’étranger. Comme en Guinée Bissau, les soldats guinéens se battirent aux cotés des FAPLA (branche armée du MPLA).
  • La Guinée soutint le FRELIMO (Front Uni de Libération du Mozambique) de Samora Machel, le MNC (Mouvement National Congolais) de Patrice Lumumba ou le peuple Rhodésien (contre les forces de Ian Smith).
  • Enfin la Guinée apporta un soutien de taille à l’ANC (Congrès National Africain) dans sa lutte contre l’apartheid en dénonçant les Etats africains complices, mais aussi les grandes puissances qui soutenaient le régime sud-africain. D’ailleurs, Nelson Mandela a longtemps séjourné en Guinée, y a fait ses premières armes et obtenu son premier passeport diplomatique. Miriam Makeba, Oliver Tambo et Tabo Mbeki père, entre autres, utilisaient aussi des passeports diplomatiques guinéens pour leurs missions à l’étranger.

Ce rappel historique prouve à suffisance que le peuple de Guinée est attaché à la liberté et a toujours été aux côtés des opprimés. Aujourd’hui, la Palestine est colonisée par Israël (comme l’étaient ces pays africains). Le peuple palestinien est soumis à un régime d’apartheid (comme c’était le cas en Afrique du Sud). Alors, naturellement, le peuple de Guinée se tient au côté du peuple palestinien et, il est donc plus qu’évident que la Guinée NE PEUT PAS ETRE l’ami d’un Israël colonisateur.

Le peuple rappelle au gouvernement qu’il maintient le choix qu’il avait fait : le choix de l’honneur et de la dignité, celui qui s’inscrit dans le sens de l’Histoire.

Bolaaro!

Bibliographie : Professeur Aly Gilbert Iffono, Historien et ancien Ministre de la Guinée (Colloque d’Alger : La contribution de la Guinée aux luttes armées de libération nationale en Afrique).
Partagez

Commentaires